Le col du Corbier et moi. Bilan mitigé

Ce matin j’avais un plan.

Un bon plan, bien pensé, raisonnable. Les courses d’abord pour remplir le frigo et préparer le pique-nique. Ensuite retour au gîte pour préparer le sac. Et puis la randonnée, choisie avec soin, pas trop loin, pas trop longue, le genre qui se fait bien en milieu de journée sans se retrouver à la frontière suisse par accident.

Le plan s’est déroulé à peu près comme prévu.

La randonnée, en revanche, m’a réservé quelques surprises.

Le matin : les courses et le ruisseau.

La journée a bien commencé. Les courses, ce rituel de vacances qui a quelque chose d’agréable quand on n’est pas pressée, quand on choisit sans liste imposée, quand on met dans le panier ce qui donne envie plutôt que ce qui est nécessaire.

Puis, sur le chemin du retour, j’ai trouvé le ruisseau.

Enfin, trouvé, il était là, il ne se cachait pas. Mais je me suis arrêtée. J’ai pris le temps de le regarder vraiment, de descendre jusqu’aux pierres, de m’asseoir un moment.

L’eau courait entre les rochers ronds, vive et claire, avec ce bruit particulier des torrents de montagne qui n’existe nulle part ailleurs. Les pierres étaient couvertes de mousse verte, les arbres formaient une voûte au-dessus, le ciel bleu perçait par endroits entre les branches. L’air sentait l’eau froide et la pierre humide.

C’était charmant. Vraiment charmant. Le genre d’endroit qu’on n’aurait pas trouvé si on avait été pressée, et qui récompense ceux qui regardent où ils mettent les pieds.

Une belle façon de commencer la journée.

La préparation.

Retour au gîte. Préparation du sac. L’eau en quantité suffisante, parce que la leçon de la veille avait été bien retenue. Le pique-nique soigneusement emballé. Les chaussures de marche, la crème solaire, tout ce qu’on emporte et qu’on porte dans son dos pendant des heures en se demandant si on aurait pu faire plus léger.

La réponse est toujours non. Le sac pèse ce qu’il pèse, et c’est toujours un peu trop.

Départ pour le col du Corbier.

Le col du Corbier.

Je vais être honnête.

Je m’attendais à autre chose.

Quand on lit « col » sur une carte de randonnée, on imagine quelque chose. Un dégagement. Un panorama. Ce moment où on arrive en haut et où le paysage s’ouvre d’un coup dans toute sa largeur. Cette récompense visuelle qui justifie l’effort et la sueur et le sac trop lourd.

Ce que j’ai trouvé, c’est des sapins.

Beaucoup de sapins.

Des sapins à la montée, des sapins à mi-chemin, des sapins en haut. Le sentier montait dans la pénombre de la forêt, raide et sans concession, avec pour seul horizon le prochain arbre et celui d’après. Pas de vue dégagée, pas de panorama qui récompense, pas de ce ciel bleu qu’on cherche quand on marche.

Juste les sapins. Patients, impassibles, infiniment présents.

La révision des attentes.

J’aurais pu m’énerver. J’aurais pu trouver ça décevant et m’arrêter là.

À la place, j’ai marché.

Parce que la montagne reste la montagne même sans panorama. Le dénivelé était réel, les jambes travaillaient vraiment, la sueur était honnête. L’effort ne ment pas, lui. Il ne se préoccupe pas de ce qu’on voit ou ne voit pas en haut. Il demande ce qu’il demande, et le corps répond.

J’ai donc marché dans mes sapins avec une philosophie de circonstance. Ce n’était pas la randonnée prévue. C’était la randonnée qu’il y avait, et elle avait ses propres mérites même si le guide des panoramas alpins ne lui réserverait pas sa une.

Les sapins, d’ailleurs, ont quelque chose. Cette façon d’être verticaux, serrés, de filtrer la lumière en lames étroites qui font des taches sur le sentier. Cette odeur de résine qui monte quand le soleil chauffe les branches. Ce silence particulier sous les conifères, plus dense que dans les forêts de feuillus, presque sourd.

Ce n’était pas le paysage que j’avais choisi. Mais ce n’était pas rien non plus.

La pause.

À un moment, j’ai trouvé un rocher.

Un beau rocher, moussu sur les bords, plat sur le dessus, exactement à la bonne hauteur pour s’y asseoir et sortir la gourde. J’ai posé le sac. J’ai bu. J’ai regardé les sapins autour de moi.

Les cheveux trempés, le débardeur blanc qui avait abandonné toute prétention d’opacité depuis un bon moment, la gourde en métal bien méritée dans la main.

Ce n’était pas le panorama alpin avec vue à cent kilomètres. Mais c’était mon rocher, mon moment, mon eau fraîche.

Et dans ces moments là, c’est suffisant.

Le pique-nique.

Quelque part sur le chemin, entre deux lacets de sapins, j’ai déballé le pique-nique.

Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans un pique-nique après l’effort. Les mêmes aliments qu’à la maison n’ont pas du tout le même goût quand on les mange assis par terre avec les jambes qui pèsent et l’appétit de quelqu’un qui a vraiment dépensé de l’énergie.

Tout était meilleur. Même le pain ordinaire et le fromage banal avaient cette saveur particulière des choses mangées au bon moment.

Le retour et la résolution.

En redescendant, j’ai pris une décision.

Demain je choisirai mieux. J’étudierai la carte, je lirai les descriptions, je vérifierai qu’il y a effectivement un point de vue quelque part sur le parcours avant de me lancer. Les leçons de la randonnée de la veille avaient été physiques. Celle d’aujourd’hui était stratégique.

La montagne de Haute-Savoie ne pardonne pas la légèreté dans la préparation. Elle est belle, elle est généreuse, mais elle ne donne pas sa vue à n’importe qui. Il faut mériter le panorama en choisissant le bon chemin.

J’ai compris ça aujourd’hui dans une forêt de sapins. C’est peut-être la vraie leçon de cette journée.

Ce soir.

Ce soir, détente.

Les jambes sur le canapé, les muscles qui déchantent en silence, cette fatigue douce des journées qui ont quand même été des journées même quand elles ne ressemblaient pas tout à fait à ce qu’on avait prévu.

Dehors j’entends les orages au loin. Ce grondement sourd et régulier qui roule entre les montagnes, ces éclairs qui illuminent le ciel par intermittence sans encore atteindre le gîte. La montagne qui parle à sa façon, avec ses propres humeurs et ses propres rythmes.

Demain je choisirai mieux.

Mais ce soir, j’écoute l’orage et je ne demande rien de plus.

Sophie H.

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9 Commentaires
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Titi

Tu es resplendissante

Le_breton

J aime ta faculté a tirer le meilleur d une situation qui n est pas a la hauteur de tes attentes ,tu vois toujours le positif et occulte le négatif et ça c est ta force ,en tout cas bravo pour ces prouesses physiques ,cela explique pourquoi tu as un corps de déesse 😉

Gwen Colombo

Bien le bonsoir charmante Sophie, je suis désolé que vous n’ayez pas trouvé le col du corbier à votre convenance, cependant si vous cherchez du panorama dans le secteur où vous êtes, il faut tenter la dent d’oche et là vous aurez un beau panorama, après plus accessible vous avez le salève, ou le roc d’enfer (lac de vallon). Je vous souhaites un bon séjour dans notre belle région et si vous souhaitez un guide je me réjouirai de vous guider dans nos magnifiques paysages. Au plaisir de vous lire et pourquoi pas de vous rencontrer

Le_breton

Sophie sur un malentendu ça pouvait marcher 😉

Christophe 62590

Bonsoir niveau panorama je vous conseil le village d’habere poche et de prendre le col du cou. À mis chemin sur ce col il y a une vue panoramique sur le lac Léman, à proximité il y a la cascade aux biches, les gorges du pont du diable ou le roc d’enfer et pour les gourmands il y a la ville d’abondance avec la maison du fromage. De quoi faire une superbe fondue ou une raclette avec des produits locaux.

Bonne nuit et au plaisir de vous relire.

anno jean luc

Bravo

Chaboche

Je t’aime sophie.