
Il y a une façon particulière de finir une journée de randonnée.
On descend du col avec les jambes lourdes et la tête encore pleine de sommet, et on se dit qu’il reste quelque chose à faire avant que la journée ne se referme. Pas une envie de repos immédiat. Plutôt cette envie de prolonger encore un peu, de ne pas rentrer directement, de s’offrir une dernière étape avant que tout ne s’arrête.
J’avais décidé d’aller à Yvoire.
Pas pour une visite complète, pas pour cocher toutes les cases du village. Juste pour retrouver un endroit que j’aime vraiment, à mon rythme, après l’effort du col de la Balme. Je voulais vous emmener avec moi ce soir là, vous faire sentir ce que j’ai senti, pas seulement vous le raconter de loin.
Le parking.
Je me suis garée sur le parking du village. Payant, comme toujours ici. On pourrait s’en agacer, mais l’endroit vaut largement le prix, et je le savais avant même d’avoir coupé le moteur.
Le lac.
Première chose en arrivant, avant même de penser au village : le lac.
Mes jambes avaient accumulé toute la montée du col de la Balme et elles me le rappelaient à chaque pas, cette lourdeur particulière qui remonte des mollets jusqu’aux cuisses. Alors je suis descendue vers l’eau sans réfléchir davantage, portée par une envie presque animale de m’y abandonner.
Je me suis approchée doucement, j’ai laissé l’eau venir à moi avant d’aller vers elle. D’abord les chevilles, cette morsure fraîche qui remonte le long des jambes et qui fait retenir son souffle. Puis les genoux, les cuisses, et à chaque centimètre gagné, le corps entier qui se réveille, qui proteste un peu puis qui cède. Je me suis enfoncée lentement, savourant chaque étape de cette immersion, jusqu’à ce que l’eau referme sa fraîcheur sur mon ventre, sur ma poitrine.
Et là, tout s’est tu.
L’eau du Léman a une texture particulière ce soir là, presque soyeuse contre la peau, portée par la lumière rasante qui la traverse. Elle a glissé sur moi comme une caresse longue et patiente, effaçant peu à peu la chaleur accumulée pendant la montée, la poussière du sentier, la tension des muscles. Je me suis laissée flotter, allongée sur le dos, les bras en croix, le visage tourné vers le ciel qui commençait déjà à changer de couleur. Le silence de l’eau qui entoure les oreilles, cette sensation d’être suspendue entre deux mondes, ni tout à fait dans l’air, ni tout à fait dedans.
Chaque petit mouvement de l’eau contre ma peau était une découverte. Le clapot léger qui vient et repart, le frisson qui remonte quand un souffle d’air touche la surface, la chaleur du soleil couchant qui contraste avec la fraîcheur qui m’enveloppe. J’ai fermé les yeux et je me suis laissée traverser par tout ça, sans penser à rien d’autre, juste présente, juste là, dans ce contact intime entre mon corps fatigué et cette eau qui savait exactement ce dont j’avais besoin.
Ce bain n’était pas un luxe. C’était presque une nécessité après cette journée, un moment que je voulais garder pour moi, et que je vous offre maintenant comme on partage quelque chose de précieux.
Le village.

Une fois sortie de l’eau, la peau encore fraîche, les cheveux collés aux épaules, je suis allée me balader dans Yvoire.
Ce village a cette qualité rare de ne jamais chercher à en faire trop. Il ne s’exhibe pas, il se laisse découvrir. Les ruelles sont étroites, presque intimes, comme si elles avaient été pensées pour qu’on y marche à deux, épaule contre épaule, en chuchotant. Les pierres gardent encore un peu de la chaleur du jour, je le sentais presque en les frôlant du bout des doigts en passant.
Les fleurs sont partout, débordant des fenêtres, grimpant le long des volets en bois sombre, tombant en cascade depuis les balcons de pierre. Des géraniums rouges, des pétunias, des lierres qui s’accrochent où ils peuvent. Ça sent le végétal chauffé par la journée, un parfum discret qui se mêle à celui de l’eau toute proche.
De temps en temps, entre deux façades, une ouverture soudaine sur le lac, comme un cadeau qu’on ne s’attendait pas à recevoir à cet endroit précis. On tourne au coin d’une rue et le Léman est là, immense, tranquille, comme s’il avait toujours été juste derrière le mur. Le village a gardé quelque chose de très ancien dans sa façon de vivre avec l’eau, une proximité tranquille, presque évidente, comme si les pierres elles mêmes s’étaient habituées depuis toujours à ce voisinage.

Je marchais lentement, sans but précis, juste pour le plaisir de me perdre un peu dans ces ruelles qui ne mènent jamais bien loin mais qui donnent toujours envie d’aller voir la suivante.
La terrasse et la chute.
Je suis arrivée près du petit port. Les bateaux étaient amarrés les uns à côté des autres, leurs mâts dessinant une forêt fine sur le ciel qui commençait à se colorer, le clocher de l’église se découpant au loin avec son bulbe qui accrochait déjà les derniers rayons.
Je me suis posée à une terrasse tout près de l’eau. J’ai pris une glace, un chocolat liégeois généreux, avec une carafe d’eau fraîche. Rien de plus simple, et pourtant exactement ce qu’il fallait après cette journée, ce moment suspendu où on ne fait que regarder, écouter, savourer sans se presser.
Et puis, en me levant une fois la coupe terminée, je me suis pris le pied dans la table. Tout est parti en même temps. Le verre, la carafe, la coupe vide, tout est allé s’écraser au sol dans un bruit sec qui a coupé net la tranquillité du moment.
Un instant de silence, quelques regards tournés vers moi. La carte postale se fissure parfois d’un coup, et c’est presque plus honnête ainsi. La vraie vie s’invite toujours, même dans les plus beaux villages de France. Je me suis excusée, la serveuse est vite venue vers moi pour me demander si tout allait bien, si j’avais eu le temps de finir ma glace avant. j’ai voulu aider a ramasser les morceaux de verre tellement j’étais gênée, elle m’a demandé de ne rien faire pour ne pas me blesser. Je ‘ai regardé faire comme si j’étais impuissante… Je me suis encore excusée, elle m’a dit que cela n’était rien que ça arrivait, j’ai demandé combien je devais pour la casse, elle a dit rien… J’ai réglé ma consommation en laissant un pourboire encore toute rouge de honte de ma bourde.
Le coucher de soleil.

Je me suis déplacée de quelques dizaines de mètres vers le port pour profiter du couché de soleil, d’un dernier moment avant que le jour ne s’éteigne.
Le soleil est descendu lentement derrière les montagnes, de l’autre côté du lac. Le ciel s’est embrasé, doré puis orangé, avec ces nuages étirés qui semblaient posés là exprès pour ce soir. Les mâts des voiliers se découpaient en ombres sur ce ciel en feu, immobiles, silencieux, comme s’ils retenaient leur souffle eux aussi.
Je suis restée debout au bord de l’eau à regarder le spectacle sans me presser. Le col de la Balme dans les jambes, le lac encore sur la peau, cette fraîcheur qui persistait doucement sous mes vêtements, le goût du chocolat liégeois encore en bouche. Toute la journée condensée dans ce dernier moment de lumière, comme si le ciel lui même avait décidé de résumer tout ce que j’avais vécu.
Le retour.
Sur la route du retour, je me suis arrêtée à une pizzeria. La flemme de cuisiner l’a emporté, après une journée pareille, et une calzone mangée sans façon m’allait très bien. Puis retour au gîte, pour un dernier sommeil en Haute-Savoie, le corps encore imprégné du lac et de la montagne.
Le bilan.
En m’endormant ce soir là, j’ai repensé à cette dernière journée en Haute-Savoie.
Le col de la Balme le matin, le lac Léman l’après-midi, Yvoire le soir, une calzone avalée sans cérémonie sur le chemin du retour. Une journée qui résume assez bien ce que j’aime dans ces vacances : l’effort d’abord, puis la récompense, puis ces petits imprévus qui rappellent qu’on ne maîtrise jamais tout à fait le déroulé des choses.
Je rentre en Auvergne demain.
Le lac Léman et moi, on se retrouvera.
Sophie H.
Excellent récit d’une journée qui laisse rêveur et qui donne envie d’être là bas… Merci
Merci 😉
Hi hi la tête ailleurs et hop tout arrive ,mais ils le savent les restaurateurs surtout la bas oui 😘
En lisant ton blog j’ai l’impression d’être parti en vacances avec toi. Merci pour ce voyage, même si je n’ai pas la chance pour l’instant de te connaître en personne…
Merci de nous faire découvrir ses endroits magnifiques et magiques❤️
Bjr super article
Dommage que tu sois pas passer par le Môle. Je me serais fait un grand plaisir à te revoir.
Hello tu reviens quand tu veux en haute Savoie y a aussi plein de belle choses autour d’Annecy