
Aujourd’hui j’avais dit que je choisirais mieux.
J’ai tenu ma promesse.
Départ du gîte à huit heures du matin. Le café d’abord, évidemment, même si ma machine à café me manque cruellement et que le café de vacances n’a jamais tout à fait la même saveur que celui du matin chez soi. Mais il réveille, il réchauffe, il dit que la journée peut commencer.
Préparation du pique-nique. Préparation du sac. Et direction Roche Palud d’en Haut.
Le départ.
Le parking, le sac sur le dos, le panneau indicateur devant moi. Roche Palud d’en Haut, 1510 mètres d’altitude. Et sur ce même panneau, parmi les destinations listées avec leurs durées, un nom : Pointe de Perret.
J’avais décidé d’y aller.
Le ciel était bleu, franchement bleu, de ce bleu de haute montagne qui n’existe qu’au-dessus d’une certaine altitude et qui donne l’impression que l’air lui-même est différent. Les fleurs roses bordaient le sentier, les alpages s’étendaient dans tous les sens, et devant moi la montagne s’ouvrait avec cette générosité qu’elle n’avait pas montrée la veille dans sa forêt de sapins.
Enfin le panorama.
La montée.
La montée vers la Pointe de Perret, c’est une autre façon de comprendre ce que la Haute-Savoie a de particulier.
Pas d’ombre, ou presque. Le soleil tape directement sur les alpages, la chaleur monte des herbes sèches, et on monte dans cette lumière crue qui ne pardonne pas. L’eau est précieuse, encore plus qu’hier. Le sac pèse, encore plus qu’hier.
Mais le paysage récompense à chaque pas.
La vallée qui s’étend en bas, les villages qu’on distingue à peine, le lac qui brille au loin comme un miroir posé entre les montagnes. Et à mesure qu’on monte, les sommets qui apparaissent les uns après les autres, d’abord proches et familiers, puis de plus en plus lointains, de plus en plus enneigés.
Et puis, à un moment, j’ai reconnu quelque chose.
Cette silhouette blanche au loin, massive et lumineuse, qui domine toutes les autres. Le Mont Blanc. Pas une erreur, pas une impression. Le Mont Blanc, là, dans le fond du panorama, comme posé au bout du monde.
Je me suis arrêtée. J’ai regardé. Longtemps.
Il y a des moments dans une randonnée où on réalise qu’on est quelque part de rare. Où le paysage dépasse ce qu’on avait imaginé depuis le bas. Où les jambes qui font mal et le sac trop lourd et la sueur dans les yeux n’ont plus aucune importance parce que ce qui est devant soi est trop beau pour qu’on pense à autre chose.
C’était un de ces moments.
Les parapentistes.

En montant, j’ai croisé une zone de départ.
Des parapentistes qui préparaient leur envol. Le casque, le harnais, la voile étalée sur l’herbe qui attend le vent. Et puis ce moment suspendu, quelques pas en courant sur la pente, et l’envol.
L’aile rose qui se gonfle d’un coup et emporte son pilote dans le vide.
Je me suis arrêtée regarder. Plusieurs fois. Il y a quelque chose d’hypnotique dans ces départs, cette façon qu’a quelqu’un de courir vers le bord et de disparaître dans l’air avec une confiance absolue. De passer en quelques secondes de la montagne au ciel.
Je les regardais planer au-dessus de la vallée, silhouettes colorées qui flottaient sans effort là où j’avais marché pendant des heures.
Je n’ai pas envié. Enfin, pas trop.

Les vaches.
La montagne de Haute-Savoie a ses habitantes permanentes.
Je les ai croisées sur les alpages, libres, imposantes, occupées à leur travail de vaches avec cette sérénité tranquille qui me fascine toujours. Celle qui m’a regardée de près avait des cornes impressionnantes et un regard qui m’a clairement fait comprendre que c’était son territoire, pas le mien, et que je n’étais qu’une passante tolérée.
Message reçu. J’ai continué.
Le pique-nique.
Quelque part sur la montée, j’ai trouvé deux petits sapins perdus sur l’alpage, les seuls à des kilomètres à la ronde, offrant une ombre modeste mais précieuse.
Je me suis assise. J’ai sorti le pique-nique.
Pas beaucoup d’ombre, j’avais prévenu. Mais cette minuscule tache d’ombre sous ces deux sapins miraculeux, avec le panorama devant moi, le Mont Blanc au loin, et la chaleur de la montagne qui pesait sur tout le reste, c’était exactement ce qu’il fallait.
Les mêmes sandwichs qu’à la maison n’ont jamais le même goût en montagne. C’est une loi immuable que l’effort confirme à chaque fois.

Le sommet.
La Pointe de Perret. 1941 mètres.
Le panneau était là, sobre, précis, avec ses indications vers d’autres sommets encore plus loin. J’ai posé le sac. Je me suis assise sur l’herbe rase du sommet. J’ai bu de l’eau.
Et j’ai regardé.
À 1941 mètres, le monde a une forme différente. Les problèmes du quotidien semblent appartenir à un autre pays, quelque part en bas dans les vallées. Le temps s’écoule autrement. La respiration est différente, plus consciente, plus lente.
Le Mont Blanc était toujours là, au fond, impassible et blanc. La vallée s’étendait de chaque côté. Les autres sommets formaient un horizon de crêtes qui n’en finissait pas.
J’avais mérité ça. Chaque mètre de dénivelé, chaque litre d’eau porté dans le sac, chaque pas dans la chaleur sans ombre. Tout ça pour être là, à ce panneau, à cette altitude, avec ce panorama.
Ça valait tout.
La descente et la glace.
On descend toujours plus vite qu’on monte. Les jambes qui portent autrement, la gravité qui aide, le sac qui semble moins lourd quand on sait qu’on va vers le bas.
En bas, au parking, j’ai trouvé une glace.
Je n’ai pas résisté. Il n’était pas question de résister. Une glace après une randonnée au sommet à presque deux mille mètres, c’est une récompense que personne n’a le droit de se refuser.
Elle était parfaite.
La sieste.
Entre la randonnée et le programme du soir, il y avait du temps.
Je l’ai utilisé de la façon la plus sage qui soit. Sieste dans la voiture, garée à l’ombre, les sièges rabattus, le silence de la montagne autour. Ce sommeil bref et profond de quelqu’un qui a vraiment dépensé de l’énergie et qui n’a pas besoin d’être convaincu de se reposer.
Vingt minutes. Peut-être trente. Juste ce qu’il fallait.

Yvoire et l’éclipse.
Le soir, direction Yvoire.
J’y étais déjà venue il y a quelques mois. Ce village médiéval au bord du lac Léman, avec ses ruelles, ses fleurs, cette façon qu’il a d’être beau sans effort et sans ostentation.
Mais ce soir il y avait une raison particulière de venir jusqu’au bout du ponton.
L’éclipse.
À 19h20, assise au bord de l’eau, j’ai regardé commencer le spectacle. Le soleil qui se voile progressivement, la lumière qui change de nature, cette teinte étrange qui n’appartient ni au jour ni au soir. Le lac qui prend une couleur différente sous cette lumière inhabituelles.
Le maximum était à 20h20. Et puis le soleil a décidé de se coucher derrière les montagnes avant que l’éclipse se termine complètement. La fin du spectacle m’a été cachée par le relief.
C’est la montagne. Elle décide de ce qu’on voit et de ce qu’on ne voit pas. On l’accepte ou on rentre chez soi. J’ai accepté.
La pizzeria et l’article.

Ce soir je n’avais aucune envie de cuisiner. Aucune. Zéro. Le corps avait donné ce qu’il avait à donner, et lui demander en plus de préparer un repas semblait relever de l’abus de confiance.
La pizzeria avait une bonne ambiance. La pizza était exactement ce qu’il fallait. Rien d’autre à ajouter.
Retour au gîte. Écriture de cet article, les jambes lourdes, la tête encore pleine de panoramas et de Mont Blanc et de parapentistes roses dans le ciel bleu.
Et maintenant, avant d’éteindre, une dernière chose.
Demain.
Qu’est-ce qu’on fait demain ?
Sophie H.
Merci Sophie pour ce nouveau récit ,c est décidé l’ année prochaine ce sera vacances en Savoie et petite visite de la Suisse ,merci de nous faire partager tout cela
Prend soin de toi un peu quand meme,tu aimes les défis😉 mais ton corps de reve ne va supporter tant de sport intense.
Je t’aime ma fille 😉
bonjour très jolie récit merci on peut marcher en montagne avec toi sans le poids du sac et sans la fatigue merci encore la belle Sophie et bravo
J’espère vous faire voyager un peu avec moi 😉
Bonjour Sophie, si tu es encore dans le secteur je te conseil une randonnée en boucle au départ de « Bise ». Direction col de Bise avec une vue plongeante sur le lac, le col de Pavis, puis direction le lac de Darbon (bien asséché malheureusement à cause de la sécheresse), tu devrais y croiser des bouquetins, il y en a énormément là-haut. Et pour finir, le col de Floray avant de retrouver la voiture. Les paysages sont vraiment magnifiques, je te la recommande. C’est une randonnée d’environ 7km et 600m de dénivelé.
Bonjour Sophie superbe récit ,l’essentiel est de te ressourcer, tu es notre soleil, profite bien 😇❤️
Bonsoir Sophie
Merci du partage à travers ce joli texte qui nous donne l impression d être avec toi. De belles photographies pour que nous puissions aussi admirer le paysage. Pense aussi à te reposer. Plusieurs randonnées en montagne de suite avec ses dénivelés fatiguent beaucoup le corps. Attention au contre coup.